Ordo Fratrum Minorum Capuccinorum

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updated 6:48 AM UTC, Oct 22, 2021

Les Capucins en Algérie

Les Capucins en Algérie

Une vie simple, fraternelle, missionnaire

La fondation de la fraternité des Capucins de Tiaret (Algérie) remonte à la décision du chapitre d’élection de la Province de France-Wallonie de 2006. Deux frères, Dominique Lebon et Hubert Lebouquin, avaient prospecté, suite à la conférence de Madrid de 2005 sur la sécularisation en Europe, la rencontre de frères catalans, etc. Ils ont présenté un dossier qui a été voté à une belle majorité. Le frère René a rejoint l’envoi en Algérie, dans un lieu où l’évêque d’alors les voyaient bien fleurir, Tiaret. Et cela se confirme depuis lors. Le frère Mariusz, de la province polonaise de Cracovie, est venu rejoindre les frères en 2013 et, tandis que le frère Dominique rentrait en France après 10 ans de présence, le frère Pascal arrivait, en 2017.

La simplicité, clé franciscaine

Notre vie fraternelle, à Tiaret, ville des Hauts Plateaux, aux confins de l’Oranie, se déroule dans la simplicité franciscaine. Nous assumons les tâches ménagères, aidés par une femme de ménage à mi-temps qui s’occupe aussi de la propreté de l’espace de la communauté paroissiale. Car nous sommes responsables, avec le frère curé Mariusz, de la paroisse Sainte Madeleine de Tiaret. Elle accueille principalement des étudiants sub-sahariens (une vingtaine) et quelques chrétiens algériens.

Nous avons un oratoire pour notre vie de prière communautaire et personnelle, ainsi qu’une salle polyvalente pour les célébrations dominicale et festive, le samedi après-midi et les jours de fête.

Notre vie économique est assurée par une espèce de revenu d’existence (comme y encourage le Pape François) versé mensuellement par le diocèse à chaque frère actif, d’un montant de 21 000 dinars algériens (environ 100 euros). Il est complété par la retraite mensuelle de notre frère René, par la solidarité provinciale pour les assurances sociales, et des dons divers. La redistribution, en plus de l’entretien ordinaire, s’effectuent en direction de personnes algériennes en difficultés, de la Province et d’investissements dans les outils pour la mission.

La fraternité, premier témoignage

Les frères sont conscients que leur premier témoignage réside dans leur façon de vivre ensemble. Et ils soignent cette façon d’être en relation les uns avec les autres à l’aide des outils traditionnels de la vie capucine : la célébration régulière du chapitre local, la liturgie simple et trempée dans le silence de l’oraison, la coresponsabilité de la gestion de la maison.

Ils ne sont pas surchargés de travail ni ne considèrent l’hospitalité comme un élément périphérique de leur vie : il est central et témoigne de la Vie qu’ils accueillent dans le silence de l’oraison et le partage fraternel.

La mission inoffensive et gratuite au milieu de musulmans et musulmanes

Notre rapport au monde tient compte des limitations actuelles imposées par le pays : il est interdit de travailler sans un visa de travail (une embauche par une entreprise étrangère autorisée) ; la religion officielle de l’État algérien est l’Islam ; extrêmement minoritaire, la présence chrétienne en général, et catholique en particulier, est sous surveillance et dépend de cartes de séjours et autres documents officiels. Cela nous renvoie à la première règle de saint François. Nous tâchons, en effet, de rester « humbles et soumis à tous » sans pour autant perdre notre dignité. Nous disons que nous sommes chrétiens. Quand cela est nécessaire et « plaît à Dieu », nous disons davantage. Il arrive que des algériens et algériennes viennent nous parler de Dieu et d’une expérience du Christ, souvent vécue à travers un songe ou un miracle. Nous sommes là aussi pour eux, pour elles. L’accompagnement de ceux et celles que le Christ appelle fait partie de la mission de l’Église dans ce pays et prend de plus en plus de place, au fur et à mesure que cela se présente.

Il n’y a rien de spécial à faire sinon être là, désarmés et ouverts, et tenir dans la durée, apprendre la langue du pays (les langues, l‘arabe dialectal et le kabyle, à côté de l’arabe standard).

Des appels pressants et un besoin vital

Quelle est la situation de l’Église en Algérie ? Et comment le charisme capucin peut-il répondre aux défis qui se présentent ?

En Algérie, une Église fragile

Le monde que nous habitons est marqué par une longue tradition d’islamisation. Les relations sociales respectent une séparation du public et du privé, les femmes dominant le second tandis que les hommes occupent le premier, en grande majorité. Cela change dans les administrations, l’école et le domaine de la santé.

L’Église catholique est issue de l’histoire coloniale française et montre encore beaucoup de signes de cette origine : les bâtiments, les usages, les repères sont indéniablement européens. L’apport de personnel permanent fourni par des congrégations africaines et surtout la présence vivante et dynamique d’étudiant(e)s subsaharien(ne)s, de toutes appartenances chrétiennes, vient renouveler ce visage. Les expatriés chrétiens travaillant dans les entreprises étrangères ou les ambassades contribuent aussi à une belle diversité.

Les défis du nouveau millénaire

Cette mission en Algérie est inséparable du contexte actuel du monde où nous vivons. Elle s’affronte, à son niveau et à sa place, aux défis contemporains les plus difficiles.

La migration, début d’un phénomène encore à venir

Le premier défi qui traverse la vie de notre église locale est celui de la migration. Même si la ville de Tiaret n’est pas sur le trajet direct des migrants sub-sahariens qui vont vers l’Europe, Oran se trouve en première ligne de tous les trafics liés à ce phénomène. Beaucoup de nos paroissiens sont des personnes privées de liberté, détenues dans les prisons algériennes pour des motifs allant du trafic de drogue à la falsification, de l’escroquerie à la fabrique de faux billets. Presque 80 permanents de l’Église algérienne, dont deux capucins, visitent ces prisonniers sur tout le territoire. Cette mission est une des plus simples pour notre Église, et des plus expressives pour l’administration algérienne.

Les migrants font aussi l’objet d’une attention particulière au travers de divers projets portés par Caritas Algérie, dans certains desquels un frère est engagé : le Jardin des Femmes, à Oran, l’accueil premier, au centre Pierre Claverie, le soutien au réseau d’entraide-migrants.

Mais par dessus tout, nous nous percevons comme une Église de migrants !

Des religions qui s’affrontent, ou des croyants qui se reconnaissent ?

Le dialogue interreligieux est évidemment une préoccupation majeure de notre mission. En changeant de perspective, depuis cette rive de la Méditerranée, nous gagnons en acuité sur le soi-disant « choc des civilisations » et les courants divers sur la pluralité à l’œuvre en Europe et dans le monde. Pour nous, il s’agit de s’engager dans une recherche patiente, et moins spectaculaire, d’une véritable renaissance civilisationnelle inclusive. Les croyants, comme nous y invite le pape François, ont à recevoir ensemble la paix, et à vivre de la béatitude des artisans de paix.

Dernière modification le vendredi, 22 janvier 2021 18:03